Crise du logement : ACHAT propose un nouveau modèle québécois d’habitation abordable
05 août 2026
6 minutes de lectureCet article a été rédigé par
- François Grenier
20 %
ACHAT prône que les logements à but non lucratif devraient représenter, au minimum, 20 % du marché locatif afin de contribuer à la stabilisation du marché de l’habitation.
Quels facteurs expliquent la crise du logement au Québec?
« Pendant longtemps, au Québec, on vivait avec un modèle où une personne achetait un bloc dans lequel elle habitait, tout en louant des logements à bon prix. Mais avec le temps et l’augmentation des coûts d’acquisition, ce modèle n’est plus la norme, ce qui limite la capacité de la population à se loger adéquatement. En revanche, les organisations qui faisaient déjà du logement social et abordable ont en main un modèle qui fonctionne bien et qui est susceptible de loger un plus grand nombre de Québécois à un meilleur prix dans des logements de qualité. L’idée d’ACHAT est donc de rallier ces acteurs afin de développer davantage de logements à but non lucratif. »
Pourquoi viser 20 % de logements à but non lucratif?
« Selon les théories économiques, détenir 20 % des parts de marché permet d’avoir un impact significatif sur l’ensemble du marché. Donc, si 20 % du marché résidentiel locatif est occupé par des propriétaires à but non lucratif, qui réinvestissent leurs profits pour créer d’autres logements à bas prix, etc., ça crée un effet structurant aussi sur le marché privé traditionnel, notamment par la stabilisation des coûts et des loyers. »
Où en est le Québec aujourd’hui en matière de logement abordable?
« Au Québec, environ 8,5 % du parc locatif est à but non lucratif, sous forme de coopératives, HLM ou logements sociaux. ACHAT vise 20 % d’ici 2050. Bien que cette cible soit ambitieuse, elle constitue, pour moi, un minimum. Dans certains pays européens, cette proportion atteint 40 à 60 %. C’est important de se fixer une cible, ce qui n’a d’ailleurs jamais été fait au Québec, pour ensuite agir en conséquence, tout en évaluant le taux de réussite. »
Comment parvenir à un nouveau modèle québécois d’habitation?
« ACHAT propose ni plus ni moins qu’un nouveau modèle québécois d’habitation. Avec les organisations de l’Alliance, qui faisaient d’abord du logement social et abordable, on s’est dit : nous, on a un modèle qui fonctionne et qui pourrait permettre de loger un plus grand nombre de Québécois à un meilleur prix dans des logements de qualité. Mais il faut le professionnaliser. Passer d’une vision par projet à une vision plus sectorielle. Faire en sorte que les OBNL se spécialisent. Parce qu’à vouloir tout faire, on s’éparpille et on ne développe pas une expertise qui nous est propre. Ensuite, il faut établir des partenariats d’impact entre des OBNL complémentaires qui, par exemple, sont très performants dans la gestion immobilière, avec des organisations spécialisées en offre des services pour aider les locataires à mieux vivre. »
Et comment structurer et consolider le réseau des OBNL?
« Il s’agit surtout de consolidation. Au Québec, environ 2 400 OBNL gèrent en moyenne 34 unités d’habitation. C’est à la fois énorme, mais aussi très éparpillé. Il faut que l’ampleur de ce parc immobilier, même dispersé, se traduise par une meilleure richesse foncière sur laquelle on puisse miser afin de créer davantage de logements non lucratifs. On doit être en mesure de développer notre offre si on veut atteindre ces fameux 20 %. »
Quel rôle les municipalités peuvent-elles jouer pour améliorer les possibilités d’accroître cette offre de logements abordables?
« Les municipalités jouent clairement un rôle central. ACHAT est d’ailleurs en train de développer une offre de services pour les accompagner dans l’identification de stratégies qu’elles peuvent mettre en place en matière de stratégie d’habitation. Les municipalités n’ont pas le choix d’agir, parce qu’elles se retrouvent en première ligne des problèmes d’itinérance ou encore des évictions de locataires. Je pense d’ailleurs qu’elles sont davantage conscientes du leadership qu’elles peuvent et doivent assumer dans ce domaine. Surtout qu’elles détiennent un véritable pouvoir d’action, puisque ce sont elles qui autorisent les constructions. Elles sont en mesure de créer des environnements réglementaires qui permettent de développer du logement abordable de façon plus efficace. »
Pourquoi faut-il penser le logement sur le long terme?
« Les actions à court terme sont nécessaires, mais insuffisantes. Il faut penser l’habitation sur le long terme. Présentement, il y a toute une génération qui se demande comment faire dans le marché actuel pour se loger. On doit à tout prix éviter que cette situation-là se reproduise pour ne plus échapper les générations à venir. Bien sûr, c’est coûteux de construire des logements. Mais construire aujourd’hui permet d’assurer la disponibilité de logements abordables dans 25 ans. [...] Notre but, c’est que cette crise-là, elle ne se reproduise pas dans 25 ou 30 ans! »
Est-ce que ce que vous proposez représente un changement important?
« Ce que l’on propose est très ambitieux. Mais je suis convaincue qu’il faut essayer, maintenant, de changer les manières de faire. Il faut élaborer des modèles qui vont s’adapter à l’ensemble des réalités québécoises, à l’ensemble des régions. Car il n’existe pas de recette miracle qui fonctionne pour tout le monde.
Mais on connaît déjà différentes solutions applicables selon les cas. Et d’autres, plus nouvelles, qui commencent à faire leurs preuves. Par exemple, il y a des organisations qui testent actuellement la notion de fiducie d’utilité sociale, ce qui permet de mettre un terrain à l’abri de la spéculation foncière, et donc de garantir à long terme l’abordabilité des logements. »
Est-il difficile de s’affranchir des lois du marché?
« Je pense au contraire que nos OBNL sont assis sur une richesse foncière qui pourrait leur permettre d’être aussi efficaces que le privé, mais à des fins sociales. Il y a beaucoup d’OBNL qui possèdent déjà leurs bâtiments. Qui ont fini de payer leur hypothèque. Ils peuvent donc utiliser cette richesse pour, à la manière du secteur privé, mettre en place, par exemple, des stratégies d’acquisition, mais à des fins sociables.
C’est ça la beauté d’être un organisme à but non lucratif : ta mission, ce n’est pas de faire de l’argent pour faire de l’argent, mais c’est de faire de l’argent pour desservir le plus de personnes possibles. »
Quelle vision globale porte ACHAT sur le logement?
« Vous savez, initialement, on parlait beaucoup de logement abordable ou de logement social, parce que c’était vu comme une mesure de charité. En réalité, pour ACHAT, on le voit comme une mesure structurante du marché de l’habitation.
Ce qui réunit tout le monde à l’Alliance, c’est de faire du logement à but non lucratif, hors le marché spéculatif. On veut au contraire créer un marché parallèle au marché spéculatif. Et pourquoi pas un marché qui dicte ses propres règles afin de garantir le droit au logement de toutes et tous. »