Déminéraliser le Québec : un chantier essentiel pour des milieux de vie plus résilients
20 mai 2026
5 minutes de lectureCet article a été rédigé par
- Centre d’écologie urbaine
Le Québec fait face à une réalité encore trop peu reconnue : nos villes et villages sont fortement minéralisés. Stationnements surdimensionnés, cours asphaltées, rues imperméables, espaces publics bétonnés… Pendant des décennies, l’aménagement du territoire s’est construit autour de surfaces pensées pour drainer rapidement l’eau, faciliter l’automobile et maximiser l’espace bâti.
Aujourd’hui, les conséquences de ces choix sont de plus en plus visibles. D’autant plus qu’en raison des impacts du changement climatique, les municipalités doivent composer avec des pluies torrentielles plus fréquentes, des épisodes de chaleur extrême, des débordements d’égouts, une pression accrue sur les infrastructures publiques et une dégradation des milieux naturels. Les surfaces imperméables agissent désormais comme des amplificateurs de risques.
Un angle mort de l’adaptation climatique
La question de la minéralisation demeure largement absente du débat public, malgré ses impacts concrets sur la qualité de vie et la résilience des territoires.
Pourtant, les chiffres sont parlants :
En période estivale, les températures de l’air des centres urbains peuvent atteindre jusqu’à 12 °C de plus que les régions limitrophes1;
81 % de la population québécoise se dit affectée par les îlots de chaleur durant l’été, alors que seuls 21 % connaissent le terme « déminéralisation »2.
Cette situation révèle un paradoxe important : les impacts sont vécus directement par les populations, mais les causes et les solutions demeurent peu connues.
Or, la minéralisation ne représente pas uniquement un enjeu esthétique ou technique. Elle perturbe profondément le cycle naturel de l’eau, fragilise la biodiversité, accentue les inégalités territoriales et compromet la santé physique et mentale des communautés.
Déminéraliser : une solution concrète et accessible
Face à ces défis, la déminéralisation constitue une réponse à la fois tangible, efficace et mobilisatrice.
Concrètement, déminéraliser signifie retirer des surfaces imperméables (comme l’asphalte ou le béton) pour les remplacer par des aménagements végétalisés favorisant l’infiltration de l’eau et le retour du vivant.
Les bénéfices sont nombreux :
réduction des îlots de chaleur
diminution des risques d’inondation et de refoulement d’égouts
amélioration de la qualité de l’eau et de l’air
augmentation de la biodiversité
amélioration de la santé et du bien-être
création de milieux de vie plus conviviaux
Les données démontrent également que les investissements en adaptation climatique sont rentables à long terme. Chaque dollar investi pourrait générer entre 13 $ et 15 $ d’économies futures en réduction des dommages et des coûts liés aux impacts climatiques3.
Mais surtout, la déminéralisation a le potentiel de transformer concrètement les milieux de vie, tout en mobilisant les communautés autour de projets collectifs.
Trois leviers pour accélérer la transition
Le plaidoyer du Centre d’écologie urbaine propose une approche structurée autour de trois grands leviers.
1. Reconnaître la minéralisation comme un enjeu prioritaire
Le premier défi est celui du langage et de la reconnaissance politique.
Aujourd’hui, les termes « minéralisation », « artificialisation » ou « imperméabilisation » sont utilisés de manière variable selon les acteurs et les territoires. Ce manque de vocabulaire commun complique la planification, le suivi des actions et l’établissement de cibles mesurables.
Le plaidoyer propose donc d’harmoniser les définitions et de reconnaître officiellement la minéralisation comme un enjeu structurant de l’adaptation climatique.
Parce que sans définition claire, il devient difficile de mesurer les progrès. Et sans mesure, impossible d’exiger des résultats.
2. Documenter l’état réel du territoire
Le deuxième enjeu est celui des données.
Malgré l’existence de plusieurs outils locaux, il n’existe actuellement aucune base de données publique exhaustive permettant de suivre l’évolution des surfaces minéralisées à l’échelle du Québec.
Les données disponibles sont fragmentées, concentrées dans certaines régions et basées sur des méthodologies différentes.
Le Centre d’écologie urbaine appelle donc à la création d’une base de données provinciale harmonisée sur la minéralisation et les surfaces imperméables. Un tel outil permettrait :
d’identifier les secteurs prioritaires;
de mieux planifier les interventions;
d’évaluer les résultats;
et de soutenir les municipalités dans leurs démarches d’adaptation.
3. Agir collectivement à toutes les échelles
Le troisième levier est celui du passage à l’action.
Le plaidoyer met en lumière de nombreuses initiatives inspirantes déjà en place au Québec et ailleurs dans le monde.
À Montréal, la révision du Plan climat intègre désormais une logique de zéro artificialisation nette. La Ville de Québec multiplie les programmes structurants de verdissement et de transformation des espaces publics. Laval combine objectifs mesurables de déminéralisation et soutien financier aux propriétaires.
Certaines municipalités, comme Laval et Terrebonne, expérimentent également des mesures d’écofiscalité pour limiter les surfaces imperméables ou réduire la place du stationnement.
Le milieu communautaire joue aussi un rôle central dans cette transition. Depuis 2017, le projet Sous les pavés du Centre d’écologie urbaine a permis de retirer plus de 7 560 m² d’asphalte à travers le Québec grâce à des démarches participatives impliquant municipalités, organismes et citoyen·nes.
Ces expériences montrent que la déminéralisation fonctionne lorsqu’elle est soutenue, structurée et portée collectivement.
Un véritable contrat social d’aménagement
Au-delà des projets ponctuels, le plaidoyer propose un changement de perspective.
La déminéralisation ne doit plus être considérée comme un geste marginal ou simplement esthétique. Elle doit devenir :
un réflexe d’aménagement;
un indicateur de qualité des milieux de vie;
un levier d’équité territoriale;
et un pilier de la résilience climatique.
Le Centre d’écologie urbaine appelle ainsi à un véritable contrat social d’aménagement, dans lequel :
les gouvernements fixent des cibles ambitieuses;
les municipalités adaptent leurs outils de planification et leurs règlements;
les propriétaires sont accompagnés;
et les citoyen·nes participent activement à la transformation des milieux de vie.
Pourquoi agir maintenant ?
Le Québec se trouve actuellement à un moment charnière.
Les impacts climatiques s’intensifient. Les outils d’aménagement du territoire sont en révision. Les attentes citoyennes évoluent rapidement. Et surtout, les connaissances et les pratiques existent déjà.
L’élan est là.
Ce qui manque encore, c’est une vision structurée et ambitieuse permettant de coordonner les efforts à l’échelle du territoire.
Déminéraliser le Québec ne relève plus seulement d’un choix environnemental. Il s’agit désormais d’un enjeu de santé publique, de résilience collective et de qualité de vie.
La question n’est plus : peut-on se permettre de déminéraliser ?
La véritable question est désormais : peut-on se permettre de ne pas le faire ?
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Le projet Sous les pavés est réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre du programme Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030. Le déploiement du programme dans les différentes communautés est rendu possible grâce au soutien financier du Groupe Banque TD.