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Nouvelle boîte à outils : l’urbanisme participatif pour contrer les impacts du climat

17 mars 2026

4 minutes de lecture

Cet article a été rédigé par

  • Centre d’écologie urbaine

Des impacts bien réels, ici et maintenant 

La dernière décennie a été la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale. Cette hausse des températures s’accompagne d’une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes. 

Au Québec, plusieurs municipalités ont été durement touchées par la tempête Debby, en 2024, qui a provoqué des inondations, des refoulements d’égouts, des routes endommagées et, malheureusement, un décès.  

En 2023, les feux de forêt ont ravagé 4,3 millions d’hectares au Canada, une superficie comparable à celle des Pays-Bas, et dont certains ont embrasé des quartiers entiers. La même année, les vagues de chaleur en Europe ont contribué au décès de près de 50 000 personnes. 

Ces crises mettent en lumière une réalité incontournable : nos infrastructures et nos quartiers n’ont pas été conçus pour faire face à de telles conditions climatiques. 

Des inégalités climatiques marquées 

Les effets des changements climatiques ne frappent pas tout le monde de la même manière. Les personnes âgées, en situation de handicap, marginalisées ou à faible revenu sont souvent les plus exposées et les moins outillées pour faire face aux chocs climatiques. 

À Montréal, par exemple, le contraste entre Parc-Extension et Ville de Mont-Royal illustre bien cette réalité. Parc-Extension est l’un des quartiers les plus densément peuplés et défavorisés au pays. Le revenu médian après impôt y est nettement inférieur à celui de la Ville de Montréal, et plus encore à celui de la Ville de Mont-Royal. 

Lorsque l’on superpose les cartes d’îlots de chaleur urbains, ces zones où l’air ambiant est plus chaud qu’ailleurs en raison des surfaces minéralisées et du manque d’arbres, on constate que les secteurs qui en souffrent le plus correspondent souvent aux milieux socioéconomiquement défavorisés.  

Cette corrélation entre vulnérabilité sociale et vulnérabilité climatique est désormais bien documentée. Elle impose aux municipalités une responsabilité : planifier l’adaptation climatique en tenant compte des inégalités existantes. 

Pourquoi miser sur l’urbanisme participatif pour le climat 

Face à ces défis, des solutions existent : verdissement, infrastructures vertes, gestion durable des eaux pluviales, aménagement d’espaces publics plus ombragés et perméables. Mais pour qu’elles soient efficaces et équitables, ces solutions doivent être pensées avec les communautés concernées. 

C’est là qu’intervient l’urbanisme participatif pour le climat. 

Développée par le Centre d’écologie urbaine, cette approche place les citoyennes et citoyens au cœur des décisions qui façonnent leur milieu de vie. Elle repose sur un principe simple : les personnes qui habitent un quartier sont expertes de leur réalité quotidienne. 

Les données satellites peuvent certes identifier des îlots de chaleur, mais seules les communautés peuvent identifier ceux qui affectent le plus leur qualité de vie au quotidien.  

En réunissant population, professionnel·les et élu·es autour d’une même table, l’urbanisme participatif permet de croiser savoir technique et savoir expérientiel. Il favorise la cocréation de solutions adaptées, ancrées dans les besoins réels du milieu. 

Au-delà de la consultation 

La participation citoyenne ne se limite pas à informer ou à consulter. Elle peut prendre différentes formes, allant de la simple sensibilisation jusqu’à la codécision. 

Tous les projets ne nécessitent pas le même niveau d’implication. Toutefois, si l’on souhaite générer un réel pouvoir transformateur, il est essentiel de se poser une question clé : quelle place sommes-nous prêts à laisser aux citoyennes et citoyens dans ce projet? 

Une démarche d’urbanisme participatif bien structurée permet notamment de : 

  • Prioriser les besoins et les lieux d’intervention 

  • Bonifier l’analyse technique grâce aux connaissances locales 

  • Favoriser l’acceptabilité sociale et l’appropriation des projets 

  • Renforcer les alliances avec les leaders communautaires 

  • Soutenir l’exercice d’une gouvernance plus démocratique

Appliquée au climat, cette approche permet de mieux comprendre les risques, actuels et à venir, d’identifier collectivement les stratégies d’adaptation pertinentes et de mettre en œuvre des actions concrètes à l’échelle locale. 

Une boîte à outils pour passer à l’action 

La nouvelle boîte à outils sur l’urbanisme participatif pour le climat vise à rendre ces démarches accessibles et structurées. 

Elle propose : 

  • Des méthodes simples pour organiser des démarches participatives portant sur le climat 

  • Des outils concrets pour intégrer les perspectives des populations vulnérables 

  • Des ressources pratiques pour planifier, animer et mettre en œuvre des projets d’adaptation de manière collaborative 

Le processus proposé se décline en sept étapes. Il ne s’agit toutefois pas d’un modèle rigide, mais d’un cadre de référence adaptable selon le contexte : ampleur du projet, ressources disponibles, échéancier, données existantes. Les différentes phases peuvent se chevaucher et l’intensité de la participation peut varier selon les objectifs poursuivis. 

Cette boîte à outils s’inscrit dans la continuité de la démarche d’urbanisme participatif développée depuis plusieurs années par le Centre et déjà mise en œuvre dans de nombreux projets au Québec. Elle en adapte les principes aux enjeux spécifiques de l’adaptation climatique. 

L’ensemble des ressources est accessible gratuitement sur la plateforme urbanismeparticipatif.ca, qui regroupe déjà plus de 30 fiches pratiques pour organiser des activités participatives. De nouveaux contenus liés spécifiquement au climat seront ajoutés au cours des prochaines semaines. 

Faire du climat un levier de cohésion 

L’adaptation climatique est souvent abordée sous l’angle des infrastructures et des investissements. Or, elle constitue aussi un formidable levier de mobilisation collective. 

En faisant du climat un projet partagé, plutôt qu’un dossier technique réservé aux expert·es, les municipalités peuvent renforcer la résilience de leurs territoires tout en consolidant la démocratie locale. 

L’urbanisme participatif pour le climat propose justement ce changement de posture : passer d’une logique descendante à une logique de coconstruction, où la transition écologique devient l’affaire de toutes et tous. 

Consultez la boîte à outils