Prévention en santé : où en sont les municipalités au Québec?
18 septembre 2026
6 minutes de lectureCet article a été rédigé par
- Équipe AGORA
À l’occasion de l’événement AGORA Vers des municipalités en santé, une équipe de chercheurs et chercheuses de l’UQTR a présenté les principaux constats d’une recherche menée auprès d’acteurs et d’actrices du milieu municipal.
En voici les principaux constats.
1. Le rôle municipal en santé : un univers de zones grises
Premier constat : le rôle des municipalités en matière de santé demeure difficile à définir.
Dans plusieurs milieux, les municipalités utilisent leurs mandats élargis pour intervenir sur des enjeux qui touchent directement la santé et le bien-être. Mais cette implication s’accompagne d’une certaine incertitude quant à leurs responsabilités et à la posture à adopter. L’absence de reconnaissance officielle du rôle municipal en santé, combinée à des ressources limitées et non dédiées, contribue à cette zone grise.
Une personne rencontrée dans le cadre de la recherche résume bien ce questionnement :
« Bien tu sais comme ville, on se questionne présentement. […] On voit les enjeux. On voit les besoins de la population sur le territoire. Et là, on se questionne, quel est le rôle de la ville? […] On ne veut pas se substituer, on ne veut pas dédoubler, on ne veut pas tasser quelqu’un qui fait déjà quelque chose. Comment on peut être complémentaire, facilitateur, accompagnateur? Quelle devrait être notre posture? »
La clarification et la reconnaissance du rôle municipal apparaissent ainsi comme des conditions importantes pour permettre aux municipalités d’agir avec plus de confiance.
2. Mobiliser la population : un défi qui persiste
Autre constat : rejoindre et mobiliser les citoyens et citoyennes demeure difficile, particulièrement dans les milieux ruraux et éloignés. Un défi de taille rapporté à maintes reprises.
La diversité linguistique, culturelle et générationnelle peut compliquer la mobilisation, alors que la rareté de bénévoles disponibles pour s’impliquer ajoute une pression sur les initiatives citoyennes et certains services de proximité. « Par exemple, la diminution de l’impression papier des journaux et bulletins peut avoir un impact sur la façon de rejoindre les personnes plus âgées », illustre Alexandra Éthier.
L’équipe de recherche invite donc à diversifier les stratégies de mobilisation et à faire preuve de créativité pour rejoindre les différentes populations d’un territoire.
3. La concertation : quand le temps manque pour passer à l’action
Les personnes rencontrées soulèvent également une forme de fatigue de la concertation. « Voire même, une usure », précise Marie-Michèle Lord. La multiplication des tables, comités et espaces de collaboration intersectorielle demande du temps et de l’énergie, parfois au détriment des autres tâches.
Le problème n’est pas la collaboration en soi, mais le décalage entre le temps consacré aux échanges et les actions ou retombées concrètes qui en découlent.
Une personne participante à une activité de concertation l’a exprimé ainsi : « Moi j’entends ça des municipalités, qu’elles sont tannées des tables de concertation. On veut agir, ça, je l’entends. […] Il y en a beaucoup de tables. »
Dans ce contexte, la recherche souligne l’importance de miser sur des collaborations qui permettent d’identifier des enjeux communs et de déboucher sur des actions concrètes. Participante à l’événement, la directrice générale d’Espace MUNI, Isabelle Lizée, abonde en ce sens. « Il faut avoir une posture d’action quand on fait de la concertation. Sinon ça ne donne pas de résultats. Il ne faut pas recréer des structures! »
4. Faire travailler les secteurs dans la même direction
Enfin, les municipalités doivent composer avec un autre défi : arrimer les actions en santé avec celles des autres secteurs.
Habitation, transport, sécurité, culture et loisirs sont souvent guidés par des priorités et plans d’action distincts. La lourdeur administrative, les différents processus décisionnels et la coordination nécessaire rendent parfois difficile la mise en commun des efforts. Par exemple, l’implantation d’un terrain de soccer prévue dans un plan d’action des loisirs pourrait aller à l’encontre du plan d’action en environnement. « Ça prend du temps pour apprendre à connaître les différents joueurs. Peut-être qu’on parle trop et qu’on ne s’écoute pas assez », soulève le maire de La Malbaie Michel Couturier.
Ce n’est toutefois pas mission impossible. Isabelle Cousineau, conseillère municipale à Gatineau, donne un exemple de réussite dans sa ville, où les différents plans et politiques (ex. Plan d’urbanisme, Plan climat, Politique des rues conviviales) ont une même vision. « Lorsqu’on plante des arbres, on en profite pour créer un effet de rétrécissement dans nos rues. Ça permet de réduire la vitesse. C’est bien de connaître nos différentes politiques! »
Des leviers pour renforcer l’action municipale
Malgré ces défis, la recherche fait également ressortir plusieurs pistes qui peuvent favoriser l’action municipale en prévention.
Poursuivre les initiatives de clarification et de reconnaissance du mandat municipal en matière de santé
Clarifier le mandat des municipalités et mieux reconnaître leur rôle en matière de santé peut contribuer à réduire les zones grises et à préciser leur contribution, en complémentarité avec les autres acteurs.Utiliser des stratégies variées et créatives de mobilisation citoyenne pour joindre les personnes citoyennes dans différents milieux
Diversifier les façons de mobiliser permet d’adapter les approches aux réalités des différents territoires et de rejoindre des personnes qui participent moins aux démarches traditionnelles.Miser sur la communication et le partenariat pour identifier des enjeux communs entre secteurs
Une meilleure communication et des partenariats entre les secteurs peuvent faciliter l’identification de préoccupations communes et favoriser une action concertée autour des enjeux qui touchent la santé et le bien-être.Maintenir une posture municipale centrée sur le service aux personnes citoyennes
Cette posture consiste à partir des besoins observés dans la population et sur le territoire pour déterminer comment la municipalité peut contribuer, tout en respectant le rôle et l’expertise des autres acteurs.
Vers une prévention plus ancrée dans les milieux de vie
Les constats présentés par l’équipe de l’UQTR dressent ainsi le portrait d’un monde municipal qui souhaite contribuer à la prévention en santé, mais qui cherche encore sa place et les moyens d’agir efficacement.
La réponse ne passe pas nécessairement par l’ajout de responsabilités. Elle repose plutôt sur une meilleure reconnaissance du rôle des municipalités, des collaborations plus efficaces et des moyens adaptés à leur réalité.
C’est d’ailleurs dans cette perspective que Michel Couturier, maire de La Malbaie, préfet de la MRC de Charlevoix-Est et membre du conseil d’administration de la FQM, a réagi aux résultats de la recherche en partageant sa vision du rôle municipal en prévention et les conditions nécessaires pour inscrire cette démarche dans la durée.
« Qui est mieux placé que les municipalités pour atteindre les non-initiés? On a tout intérêt à s’assumer, à être reconnu. Évidemment, les budgets doivent être augmentés mais les municipalités doivent se positionner. » Il souligne que ça ne passe pas seulement par des arénas à 10 millions et des piscines à 50 millions. « Chez nous, à La Malbaie, on fait des petites choses comme un escalier à 6000$ qui descend le long du fleuve et les citoyens se l’approprient réellement. Faire un beau projet que les gens s’approprient, c’est ça la paye de l’élu. »
Il lance un appel aux gouvernements pour faire davantage confiance aux municipalités, aux MRC, et aux Villes. « S’il y a des enveloppes financières en prévention, pensez à nous, on va faire de belles choses! On n’est pas LA solution, mais on est de bons agents de première ligne pour inciter les gens à adopter un mode de vie sain. »