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Le droit de bien vieillir en ville : un défi à relever au niveau municipal

17 février 2026

4 minutes de lecture

Cet article a été rédigé par

  • Centre d’écologie urbaine
Vieillissement de la population : des besoins clairs, des milieux encore peu adaptés

Le Québec vieillit rapidement. Dans de nombreuses municipalités, les personnes aînées représentent déjà plus du quart de la population, une proportion appelée à croître au cours des prochaines années. Vieillir en santé, ce n’est pas seulement vieillir plus longtemps : c’est pouvoir continuer à se déplacer, à participer à la vie sociale, à accéder aux services et à fréquenter des espaces publics sécuritaires et accueillants.

Or, les milieux de vie (rues et espaces publics, abords des installations de santé, parcs, rues commerciales) demeurent souvent peu adaptés à ces réalités. Les obstacles physiques, l’insécurité routière, les distances à parcourir ou l’absence d’aménagements inclusifs limitent concrètement la mobilité et la participation sociale des personnes aînées, avec des impacts directs sur leur santé physique et mentale.

Des responsabilités bien ancrées dans les politiques publiques

Les municipalités ne partent pas de zéro. De nombreuses obligations et orientations, notamment liées au principe de conformité, convergent déjà pour rappeler l’importance de créer des milieux de vie sécuritaires, inclusifs et favorables aux personnes les plus vulnérables :

  • Orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) qui demandent de caractériser les besoins et infrastructures requises pour le transport actif des personnes aînées

  • Stratégie nationale de prévention en santé 2025-2035 qui invite à préserver et à bâtir des milieux de vie sains et durables (orientation 3)

  • Plan d’action gouvernemental La fierté de vieillir qui mise sur la mobilisation des secteurs publics, communautaires et privés pour créer des environnements sains, sécuritaires et accueillants pour la communauté (orientation 3)

  • Plan d’action en sécurité routière 2023-2028 qui propose d’introduire des normes favorables aux déplacements sécuritaires des personnes piétonnes, particulièrement des personnes aînées

  • Plan pour une économie verte 2030 visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à accélérer la transition énergétique et à s’adapter aux changements climatiques

Les municipalités comme actrices clés du changement

Face à ces obstacles, les municipalités disposent néanmoins de leviers puissants : réglementaires, de planification et de design urbain.

1- Agir à l’aide des outils de planification
L’arrimage des principes d’aménagement inclusif aux outils existants (plans d’urbanisme, programmes particuliers d’urbanisme (PPU), plans de mobilité, plans climat) permet de structurer l’action, de prioriser les interventions et de sécuriser leur financement.

À titre d’exemple, le PPU de la Ville de Cowansville est particulièrement intéressant. Conçu autour de l’hôpital régional, il mise sur le caractère « santé » du secteur. Les abords de l’hôpital présentant un fort potentiel de développement, le PPU prévoit l’aménagement d’un milieu mixte afin que des services complémentaires soient offerts à proximité et contribuent à diversifier le milieu de vie. Les infrastructures piétonnes et cyclables occupent également une place centrale dans la vision du secteur, afin de favoriser la mobilité active.

L’expérience de Cowansville démontre comment la création d’un circuit piétonnier a été facilitée par son intégration au PPU, soutenant ainsi la concertation entre les acteurs. Cette démarche s’inscrit dans l’esprit de la Zone Santé, une démarche structurante qui accompagne les municipalités pour transformer les abords des installations de santé en milieux inclusifs et sécuritaires.

2 - Agir par la concertation
La transformation durable des milieux passe par une collaboration étroite entre municipalités, réseau de la santé, ministères et organismes communautaires. En intégrant les personnes aînées elles-mêmes à ces démarches, les municipalités s’assurent de solutions mieux adaptées aux besoins réels, tout en renforçant l’acceptabilité sociale des projets.

Par exemple, pour mieux comprendre les enjeux de mobilité aux abords des installations montérégiennes, le Centre d’écologie urbaine a réalisé des marches exploratoires. Des spécialistes en accessibilité universelle, de même que des personnes aînées, ont été invités à y participer, ce qui a permis de produire une analyse approfondie et de réfléchir à des pistes d’action préliminaires applicables sur le terrain.

3 - Agir par des aménagements transitoires et cohérents avec la transition socioécologique

Réduction de la vitesse, sécurisation des traverses, verdissement, accessibilité universelle, proximité des services : ces interventions contribuent à la fois à la sécurité des personnes aînées, à la résilience climatique et à la qualité des milieux de vie pour l’ensemble de la population.

Compte tenu des contraintes financières et matérielles que peuvent représenter ces projets d’infrastructures, le recours à l’urbanisme transitoire peut constituer une stratégie pertinente pour amorcer leur mise en œuvre. L’urbanisme transitoire consiste à expérimenter temporairement des aménagements ou usages de l’espace public avant d’investir dans des infrastructures permanentes. Cette approche innovante permet de tester des solutions de manière flexible et à moindre coût, tout en mobilisant les acteurs locaux et en ajustant les interventions en fonction des retours d’expérience.

Une invitation à agir

Aménager des milieux de vie favorables au vieillissement actif n’est ni un luxe, ni une option. C’est une responsabilité qui s’inscrit dans les engagements gouvernementaux, les principes du droit à la ville et les objectifs de développement durable, notamment celui de garantir des villes inclusives, sûres et résilientes.

Les nouvelles personnes élues ont aujourd’hui l’opportunité (et le pouvoir) de faire évoluer les pratiques. En activant les leviers de planification, de concertation et d’aménagement, elles peuvent contribuer concrètement au bien-être des personnes aînées et, plus largement, à la qualité de vie de l’ensemble de leur communauté.

Vieillir en ville, dignement et activement, commence par des choix politiques clairs et des actions ancrées dans le territoire. Le moment d’agir, c’est maintenant.

Avec la participation financière du gouvernement du Québec dans le cadre du programme Québec ami des aînés.