Vers des municipalités en santé : les conditions pour passer de l’idée à l’action
16 septembre 2026
6 minutes de lectureCet article a été rédigé par
- Équipe AGORA
Lors de l’événement AGORA Vers des municipalités en santé, quatre panélistes issues de différentes régions et différents secteurs ont partagé des initiatives concrètes et réfléchi aux conditions qui permettent aux municipalités d’accélérer leurs actions en prévention de la santé.
Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet, préfète de la MRC Nicolet-Yamaska et 1re vice-présidente de l’Union des municipalités du Québec
Isabelle Lizée, directrice générale d’Espace MUNI
Maude Savoie, conseillère en environnement, Saint-Jean-sur-Richelieu
Jescika Lavergne, Agente de développement en saine alimentation pour tous, TIR-SHV de la Mauricie
Des projets qui montrent que l’action est possible
Avant de plonger au cœur de la discussion, elles ont présenté des projets qui démontrent que les municipalités disposent de nombreux leviers pour agir sur les conditions qui influencent la santé et la qualité de vie.
Sécurité alimentaire | Cultive le partage, en Mauricie Depuis 2022, cette initiative régionale de glanage, soutenue entres autres par la TIR-SHV de la Mauricie, fait le pont entre des producteurs ayant des surplus et des organismes qui nourrissent la communauté, comme des organismkes d'aide alimentaires, des écoles ou des CPE. Le projet, devenu OBNL en 2024, est toujours actif. Dans les dernières années, la valeur des denrées sauvées dépassait les 100 000$.
Adaptation aux changements climatiques et plein air de proximité | Corridor écologique de Nicolet En protégeant des lots de terrains verts plutôt qu’en les développant, la Ville de Nicolet mise sur un espace naturel qui contribue à l’adaptation aux changements climatiques, à la santé et à la qualité de vie des citoyennes et citoyens. Pour la mairesse, ces terrains verts sont de véritables hôpitaux à ciel ouvert.
Favoriser le lien social | Fête du voisinage Coordonnée par Espace MUNI à l’échelle du Québec, cette initiative invite les résidentes et résidents d’un même immeuble, d’une même rue ou d’un même quartier à se réunir. Une action simple et accessible qui contribue à réduire l’isolement social, à renforcer le sentiment d’appartenance et à favoriser le bien-être et la résilience des communautés.
Adaptation aux changements climatiques et verdissement | Sous les pavés à Saint-Jean-sur-Richelieu La Ville a entrepris une démarche visant à transformer un espace minéralisé en milieu de vie plus vert et résilient. On a ainsi retiré 7 cases de stationnement au parc René-Lévesque, ajoutant du même coup arbres, arbustes et vivaces pour créer un îlot de fraîcheur. Le projet mise sur la déminéralisation et la mobilisation citoyenne pour créer un environnement plus favorable à la qualité de vie et à l’adaptation aux changements climatiques.
Ces initiatives montrent que l’action est possible. Mais qu’est-ce qui permet concrètement de passer de l’idée à l’action?
Des conditions pour passer de l’idée à l’action
Les échanges ont fait ressortir plusieurs conditions favorables qui permettent réellement aux milieux municipaux d’agir en prévention de la santé.
Créer un environnement favorable et une responsabilité partagée : Les municipalités doivent voir leur rôle pleinement reconnu, tout en tablant sur la complémentarité des compétences avec les citoyens, le milieu communautaire, le secteur économique et la santé publique. « Avec des compétences complémentaires on peut aller vraiment plus loin », souligne Jescika Lavergne.
Miser sur l'accompagnement et les ressources : Les outils doivent être vulgarisés et adaptés, particulièrement pour soutenir les petites municipalités qui manquent d'équipes spécialisées (ex. l'engagement d'une ressource dédiée à la transition socioécologique ou à l'élaboration d'un Plan de développement d'une communauté nourricière - PDCN).
Faire preuve de courage, de cohérence et d'exemplarité : Prendre des décisions fortes — parfois à contre-courant ou risquées — pour réaménager le territoire, protéger l'environnement ou promouvoir la saine alimentation, tout en acceptant le droit à l'erreur.
S'appuyer sur des données fiables et la planification : Inscrire les actions dans une planification pérenne pour éviter de dépendre uniquement des cycles électoraux de quatre ans, en exploitant des données ouvertes et accessibles pour convaincre et cibler les opportunités.
Cette phrase résume bien l’un des constats de la table ronde : investir en prévention, c’est agir en amont sur les milieux de vie, avant que les problèmes de santé ne se manifestent ou ne s’aggravent.
Pour Geneviève Dubois, cette logique suppose notamment de considérer les milieux naturels comme de véritables infrastructures municipales. Un boisé, un milieu humide ou une zone végétalisée rend des services concrets (réduction des îlots de chaleur, gestion des eaux de pluie, adaptation aux changements climatiques, soutien à la biodiversité, accès à des lieux de détente et d’activité physique). Les protéger et les valoriser, c’est donc aussi investir dans la santé collective. Véritables « hôpitaux à ciel ouvert », ces infrastructures naturelles devrait donc être reconnues et valorisées dans la planification et les décisions d’aménagement.
Donner aux municipalités les moyens d’aller plus loin
Les panélistes ont ensuite été invitées à répondre à une question d’actualité : Quelles conditions permettraient aux municipalités d’aller encore plus loin?
Assurer un financement dédié et pérenne : Disposer de ressources financières stables pour dépasser le ponctuel, planifier à long terme et adapter les actions aux réalités locales. C’est certain que ce serait aidant, note Isabelle Lizée.
Reconnaître l’expertise du milieu municipal : Valoriser la connaissance fine du territoire qu’ont les élus et soutenir leur leadership en instaurant une relation de véritable collaboration partenariale. Geneviève Dubois est catégorique : « On est les spécialistes de notre territoire. Ça nous permettrait d’aller beaucoup plus loin dans les actions en prévention de la santé ».
Favoriser la collaboration entre les secteurs : L’idée n’est pas « de briser les silos mais de travailler les interfaces », soulève Jescika Lavergne. Il faut maximiser la collaboration intersectorielle et la mutualisation des ressources humaines et financières (à l'échelle des MRC, par exemple).
Renforcer les compétences et la formation des élus : Sensibiliser et former les nouveaux élus dès le début de leur mandat aux enjeux de la prévention en santé globale pour leur faire réaliser la nécessité d'agir sur les milieux de vie.
Optimiser le partage d'information et l'accompagnement : Favoriser la diffusion des outils de planification et de gestion du territoire (ex. PDCN) ainsi que le partage de bonnes pratiques via les réseaux municipaux.
Les priorités des panélistes à l’aube des élections
La réflexion s’est poursuivie avec une question en lien avec le contexte électoral actuel. « À l’approche des élections provinciales, quelle est LA priorité que le prochain gouvernement devrait mettre en place pour permettre aux municipalités d’aller plus loin en prévention de la santé? ». Voici les différents éléments évoqués par les panélistes.
Reconnaître les municipalités et MRC comme partenaires clés de la Stratégie nationale de prévention en santé (SNPS) : Valoriser les initiatives déjà existantes sur le territoire et assurer un financement dédié, prévisible et adaptable aux réalités locales.
— Isabelle Lizée, directrice générale d’Espace MUNI
Faire de la nature une infrastructure de santé publique : Intégrer les espaces verts (ex. règle du 3-30-300) pour lutter contre les îles de chaleur, atténuer les risques climatiques et favoriser l'activité physique ainsi que le lien social.
— Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet, préfète de la MRC Nicolet-Yamaska et 1re vice-présidente de l’Union des municipalités du Québec
Placer l'environnement et le climat au cœur de la prévention : Donner une place centrale et cohérente aux enjeux environnementaux en reconnaissant directement leur impact sur la santé des populations.
— Maude Savoie, conseillère en environnement, Saint-Jean-sur-Richelieu
Pérenniser la concertation territoriale : Assurer la continuité des démarches collaboratives intersectorielles locales et régionales (notamment en matière de saine alimentation).
— Jescika Lavergne, Agente de développement en saine alimentation pour tous, TIR-SHV de la Mauricie